Larocque Obesity Questionnaire (LOQ):
comment évaluer les facteurs psychologiques dans le contrôle du poids.

Article publié dans "The American Journal of Bariatric Medicine", Automne 2000,Vol.15, N.3.

Par Maurice Larocque, MD et Stephen Stotland, Ph D .

Note de l'éditeur : Dr Larocque, membre de l'ASBP, dirige une clinique d'obésité à Montréal. Dr Stotland fait partie du Service de thérapie cognitive et comportementale de l'Hôpital Général de Montréal.

Introduction

Le traitement de l'obésité passe par un changement des comportements sous-jacents, notamment l'apport excessif de nourriture et un niveau d'activité insuffisant. L'efficacité des approches nutritionnelles et comportementales dans le traitement de l'obésité demeure limitée. Un pourcentage alarmant de patients abandonnent leur traitement dès les premières semaines, n'atteignent jamais leur poids santé ou encore, reprennent tout le poids perdu.1,2

Pour que le traitement de l'obésité soit efficace, il doit nécessairement viser les mécanismes psycho-biologiques responsables du manque d'auto-discipline.3,4 Cependant, à ce jour, la recherche n'a pas réussi à mettre en lumière toutes les variables psychologiques généralement associées à l'obésité5 même si de toute évidence les patients montrent toujours, au cours des périodes de perte de poids et de maintien, des changements d'humeur8 et de personnalité qui peuvent avoir une signification6,7 clinique.

De plus, la plupart des médecins pensent que les facteurs émotionnels jouent un rôle capital dans le contrôle du poids et jouent un rôle déterminant dans le maintien à long terme et le retour des comportements indésirables.

Cet article présente un nouveau questionnaire servant à mesurer le nombre de variables comportementales et psychologiques qui peuvent jouer un rôle important dans le contrôle du poids. Le LOQ a été conçu pour des applications cliniques - il est complet, bref et facile à administrer sur ordinateur.

Ces aspects sont très importants dans des applications cliniques, particulièrement en médecine générale, domaine dans lequel les médecins voient de nombreuses personnes souffrant d'obésité mais n'ont ni le temps ni les ressources nécessaires pour intervenir.

Le LOQ permet d'évaluer efficacement et à faible coût les attitudes et les comportements problématiques qui peuvent entraver les efforts de contrôle du poids. Le questionnaire fournit également un rapport personnalisé indiquant les attitudes qui posent problème et des conseils pour les modifier. Ce questionnaire a été utilisé durant la dernière décennie dans un certain nombre de cliniques auprès d'environ 300 000 patients, mais, à ce jour, aucune analyse de fiabilité et de validité n'a été présentée. Nous nous penchons ici sur une étude qui examine les propriétés statistiques du LOQ et son rapport avec d'autres mesures psychologiques.

Méthode

Sujets

Soixante-dix-huit femmes, toutes âgées de 18 ans et plus, qui suivaient une cure amaigrissante prescrite par des médecins spécialisés dans le traitement de l'obésité, ont participé à cette étude. Le traitement comportait un régime basses-calories et des exercices physiques ainsi que des visites périodiques à des spécialistes traitant des problèmes médicaux ou psychologiques relatifs au contrôle du poids. Le sujet moyen était âgé de 37 ans (+/- 8,7) et pesait 183,4 livres (+/- 37,8). Seuls les patients présentant un IMC supérieur à 25 étaient acceptés pour l'étude.

Procédure

Les sujets ont rempli le LOQ ainsi que divers autres questionnaires d'auto-vérification à différents stades de leur traitement. Certains ont rempli le questionnaire avant de suivre leur premier traitement, alors que d'autres l'ont rempli à un stade ultérieur du traitement.

Le LOQ est un questionnaire d'auto-vérification en 52 points, administré et corrigé par ordinateur, qui peut être rempli en 10 minutes. Ces points mesurent diverses variables liées au comportement, aux émotions et à la personnalité et susceptibles d'être associées à des problèmes de contrôle du poids. Les variables ont été choisies en fonction de l'expérience clinique des auteurs dans le traitement de l'obésité. Le questionnaire permet d'évaluer les habitudes alimentaires problématiques, la nourriture-émotion, la nourriture-récompense, les objectifs de perte de poids, le sentiment de dépression, l'ennui et la culpabilité, les réponses au stress et différents traits de caractère, comme l'agressivité, la passivité et la paranoïa.

Une analyse factorielle antérieure menée auprès de 680 femmes obèses (Larocque et Stotland, 1992, données non publiées) montrait que le LOQ peut être divisé en quatre sous-échelles appelées Habitudes, Motivation à la perte de poids, Réactions physiques au stress et Émotions négatives. Des exemples de points de ces quatre sous-échelles sont présentés au Tableau 1.

Tableau 1
Exemple des points du LOQ
Sous-échelle Exemple de points
Habitudes 1. En repensant aux derniers repas que vous avez pris, essayez d'estimer le temps que vous avez pris pour manger:
A. Moins de 5 minutes B.Entre 5 et 10 minutes C. Entre 10 et 20 minutes D. Entre 20 et 30 minutes D. Plus de 30 minutes.
2. Lorsque vous passez devant une corbeille de fruits, de nourriture ou de sucreries, vous servez-vous souvent?
A. Toujours B. Assez souvent C. A l'occasion D. Jamais.
Motivation à la Perte de Poids 1. Au plus profond de vous-même, vous croyez-vous capable d'atteindre le poids désiré et de le maintenir par la suite?
A. Pas du tout B. Peut-être C. Probablement D. Certainement.
2. Si vous perdez seulement la moitié du poids prévu dans le mois à venir, prévoyez-vous poursuivre votre régime?
A. Pas du tout B. Peut-être C. Probablement D. Certainement.
Réactions physiques au stress 1. Au cours du dernier mois, alors que vous étiez au repos, avez-vous ressenti un des symptômes suivants : accélération des battements de cœur, gorge nouée ou souffle court.
A. Jamais B. A l'occasion C. Souvent (une fois par semaine en moyenne) D. Très souvent (plusieurs fois par semaine).
2. Au cours du dernier mois, avez-vous ressenti un des symptômes suivants qui ne sont pas imputables à une maladie quelconque : maux de tête, maux de dos, douleur au cou.
A. Jamais B. A l'occasion C.Une fois par semaine en moyenne D. Plus d'une fois par semaine.
Émotions négatives 1. J'ai l'impression que ma vie ne mène nulle part et n'a aucune valeur.
A. C'est tout à fait moi B. Je pense souvent ainsi C. Je pense parfois ainsi D.Je ne pense jamais ainsi.
2. Je ne m'engage généralement dans des activités que si je suis certain de réussir.
A. Oui, absolument B. J'ai souvent cette attitude C.J'ai parfois cette attitude D. Non, cela ne me ressemble pas du tout.

Le Questionnaire sur la personnalité de Eysenck9 est fondé sur une échelle de 90 points mesurant les Traits névrotiques, l'Extraversion et les Traits psychotiques. Cette échelle a été largement utilisée et a affiché un niveau élevé de consistance interne et de fiabilité test-retest. Les échelles de Traits névrotiques et d'Extraversion ont été utilisées dans la présente étude. Les Traits névrotiques sont définis comme la mesure d'une tendance à l'inquiétude, aux sautes d'humeur et à la dépression ainsi qu'aux plaintes psychomotrices. L'Extraversion est censée traduire la sociabilité, le besoin d'émotions et de changement ainsi que la décontraction.

L'Inventaire de la dépression de Beck comprend 13 points d'étude et mesure les symptômes et signes de dépression. La corrélation entre le BDI-13 et le BDI intégral varie de 0,89 à 0,97, et les coefficients de cohérence dépassent généralement 0,85.

L'Échelle d'estime corporelle11 mesure trois dimensions modérément intercorrélées liées à l'auto-évaluation de l'Attirance sexuelle, la Préoccupation du poids et la Condition physique. Une note totale pour l'Estime corporelle globale a été utilisée dans la présente étude.

L'Échelle de comportement alimentaire hollandaise12 a été largement utilisée pour évaluer les tendances à suivre des régimes (Restriction cognitive) et la suralimentation en réponse à des états émotionnels (Nourriture-émotion). Les deux échelles présentent des niveaux élevés de consistance interne et montrent les relations prévues entre des variables telles que l'apport calorique et la frénésie alimentaire.

Afin d'examiner la validité d'une fonction discriminante des échelles du LOQ, nous avons comparé les 1intercorrélations entre les sous-échelles du LOQ et les 2relations entre les sous-échelles du LOQ et d'autres variables.

Résultats

On a mesuré la fiabilité des sous-échelles du LOQ en utilisant le coefficient de Cronbach, qui fournit une indication sur la consistance interne des points des sous-échelles. La sous-échelle des Habitudes mesure en 17 points une large gamme de comportements face à la nourriture et à l'activité physique; on attendait donc un coefficient de consistance de 0,67. La sous-échelle en neuf points des Réactions physiques au stress présentait un coefficient de consistance de 0,68, ce qui reflète le vaste champ d'observation des symptômes liés au stress. La sous-échelle en 19 points des Émotions négatives affichait un niveau de consistance de 0,85, ce qui indique qu'elle mesure un construct relativement cohérent. La sous-échelle en 5 points de la Motivation à la perte de poids présentait un coefficient de consistance d'à peine 0,46, qui pourrait être imputable au nombre limité de points utilisés ou au caractère multidimensionnel de cette variable. Cependant, la somme des points de motivation a été considérée comme une mesure utile de la motivation globale à la perte de poids, et a été retenue pour des analyses ultérieures.

Les corrélations entre les sous-échelles du LOQ sont présentées au Tableau 2. La sous-échelle des Habitudes présentait une corrélation significative avec la Motivation à la perte de poids (r = 0,37, p.01), ce qui indique que les patients ayant des habitudes plus saines sont plus motivés à perdre du poids, ainsi qu'avec les Émotions négatives (r= 0,29, p.01), ce qui donne à penser que de meilleures habitudes sont associées à de plus faibles niveaux d'affects négatifs. La corrélation la plus significative a été établie entre les Émotions négatives et les Réactions physiques au stress (r= 0,57, p.001), ce qui coïncide avec les résultats des questionnaires d'auto-évaluation sur les affects négatifs et les réactions au stress. Dans l'ensemble, les sous-échelles du LOQ étaient faiblement ou modérément corrélées, sauf pour ce qui est de l'association émotions/stress mentionnée ci-dessus. Il semble donc que les sous-échelles du LOQ représentent des constructs psychologiques différents. Cet aspect a été étudié plus avant lors de l'analyse des relations entre les échelles du LOQ et d'autres mesures psychologiques.

Tableau 2
Intercorrélations entre les sous-échelles du LOQ

 

 
Habitudes
Motivation à la perte de poids
Réactions physiques au stress
Émotions négatives
Habitudes
---
.37***
-.10
-.29**
Motivation à la perte de poids
 
---
-.1
.19
Réactions physiques au stress
 
 
---
.57***
Émotions négatives
 
 
 
---

* p<.05
** p<.01
***p<.001

La sous-échelle des Habitudes présentait une corrélation significative avec différentes variables psychologiques, dont l'estime du corps (r= 0,31, p.01), la restriction alimentaire cognitive (r=0,46, p.001), la nourriture-émotion (r=-0,41, p.001) et les résultats BDI (r=-0,32, p.01). Ces données indiquent que les sujets qui ont des résultats élevés dans la sous-échelle des Habitudes tendent à avoir une meilleure estime de leur corps et un degré plus élevé de restriction alimentaire cognitive et des tendances moins marquées à la nourriture-émotion et à la dépression. La Motivation à la perte de poids était corrélée avec les résultats BDI (r=-0,26, p.01) et au poids (r=-0,26, p.01), indiquant qu'un degré élevé de motivation à la perte de poids était associé à des niveaux de dépression plus faibles et à un poids moins élevé. Les Réactions physiques au stress étaient corrélées avec à l'estime du corps (r=-0,39, p.001), les résultats BDI (r=0,63, p.001) et les traits névrotiques (r=0,62, p.001), ce qui semble indiquer que les réactions au stress étaient étroitement liées à une affectivité négative et à une autoperception négative. Enfin, les Émotions négatives montraient à peu près les mêmes modes d'associations que la sous-échelle des Réactions physiques au stress, avec des corrélations significatives avec l'estime du corps (r=-0,27, p.01), les résultats BDI (0,66, p.001) et les traits névrotiques (r=0,76, p.001). Les Émotions négatives étaient également associées à des résultats plus élevés dans la sous-échelle de la Nourriture-émotion (r=0,42, p.001).

Tableau 3
Relations entre les sous-échelles du LOQ et d'autres mesures

 

 
Habitudes
Motivation à la perte de poids
Réactions physiques au stress
Émotions négatives
Estime du corps
.31**
.08
-.39***
-.27**
Restriction alimentaire cognitive
.46***
.20*
.14
.01
Nourriture-émotion
-.41***
-.19
.19
.42***
BDI
-.32**
-.26**
.63***
.66***
Extraversion
.14
.27**
.17
.01
Traits névrotiques
-.18
-.13
.62***
.76***
Poids (livres)
-.19
-.26**
.17
.01

* p<.05
** p<.01
***p<.001

Discussion

Le LOQ semble un instrument fiable permettant de mesurer plusieurs variables psychologiques et comportementales associées à l'obésité. Cette conclusion est corroborée par la consistance interne et les résultats convergents des analyses de validité. Les résultats suggèrent que le LOQ mesure un certain nombre de variables cohérentes et dont le caractère distinct peut être établi par une fonction discriminante, et donne des associations prévisibles avec d'autres mesures. Une étude continue13 permettra de déterminer si les variables mesurées par le LOQ sont liées à des résultats cliniques importants (c'est-à-dire perte de poids ou maintien).

Un des facteurs du LOQ, la sous-échelle Motivation à la perte de poids, semble présenter un degré de consistance interne assez faible. Comme il a été mentionné précédemment, ce résultat pourrait être interprété comme découlant de l'ampleur du construct de la motivation à perdre du poids, étant donné que chacun a ses propres raisons de vouloir perdre du poids et qu'il n'est pas démontré que les diverses sources de motivation sont additives. Quoi qu'il en soit, d'autres travaux doivent être rapidement entrepris pour explorer et mesurer cette variable, étant donné son importance théorique et son potentiel pratique.

Les variables mesurées par le LOQ ne sont pas nouvelles. Il existe déjà des mesures validées de la plupart de ces facteurs.6 Cependant, la valeur réelle de ce LOQ est qu'il permet de mesurer facilement ces facteurs psychologiques et dans un format accessible dans les applications cliniques.

Étant donné les conséquences de l'obésité sur la santé et l'inefficacité des traitements actuels, il est impératif d'étudier les processus qui interviennent dans le maintien à long terme du poids. Même si les obstacles à un contrôle du poids efficace sont certainement complexes et mettent en jeu diverses variables biopsychosociales, il est clair que les facteurs psychologiques tiennent une place prépondérante dans l'équation. Les résultats de cette étude montrent que le Questionnaire sur l'obésité du Dr Larocque peut se révéler un outil précieux pour comprendre les processus psychologiques qui interviennent dans le contrôle du poids.

Références

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