Prédicteurs d’une perte de poids initiale vs une perte de poids plus tardive: Le rôle du changement des habitudes alimentaires
Stephen Stotland, Ph.D1. & Maurice Larocque, M.D.2
1Service de Thérapie Comportementale, Hôpital Général de Montréal et 1,2Clinique d’Obésité MLA


Présenté à la convention annuelle de NAASO (Association Nord-Américaine pour l’Etude de l’Obésité), ville de Québec, Octobre 2001.


Contact:

Dr. Stephen Stotland
5450 Cote des Neiges Blvd.
Suite 103
Montreal, Quebec H3T 1Y6
514-737-3360           sstot@qc.aibn.com



INTRODUCTION

Les mesures de variables psychologiques et comportementales faites en pré-traitement se sont révélées insuffisantes et des prédicteurs inconstants de perte de poids. Cependant, il semble que les changements de telles variables sont associés à des changements du poids. En d’autres termes, un patient obèse qui présente une amélioration significative de ses habitudes alimentaires, va très certainement présenter une amélioration semblable de son poids et continuera vraisemblablement à s’améliorer. Au contraire, un patient qui a réussi à perdre du poids rapidement tout en n’améliorant pas ses habitudes alimentaires ou d’autres variables psychologiques, aura vraisemblablement des difficultés à supporter ce succès rapide.

L’objectif de cette étude était de mesurer l’utilité relative de changements dans les variables psychologiques et comportementales, en comparaison avec les niveaux de ces mêmes variables en pré-traitement, comme prédicteurs de changement dans le poids par la suite.


MÉTHODE

SUJETS

On a choisi 377 femmes avec un IMC d’au moins 25 (moyenne= 33.0, SD= 6.0). Les sujets étaient âgés de 18 à 70 ans (moyenne= 41.3, SD= 11.5). Tous les sujets avaient commencé leur traitement d’obésité avec un médecin généraliste.

PROCÉDURE

Le poids du patient a été évalué trois (tous les sujets) ou quatre fois (N=249), avec un intervalle moyen d’ un mois et demi entre chaque évaluation.

Tous les sujets ont complété un questionnaire psycho-comportemental sur notre site web (www.mla.ca) lors des deux premières évaluations. L’évaluation portait sur quatre variables psychologiques: dépression, symptômes de stress, perfectionnisme et alimentation incontrôlée.

La Dépression était évaluée selon 8 points, qui ont démontré un niveau relativement élevé de constance interne (alpha= .79). Ces points mesuraient des sentiments tels que le désespoir, la tristesse, l’infériorité, l’inutilité et l’envie de pleurer.

Les Réactions au Stress comprenaient 6 points décrivant des symptômes variés communément associés au stress (tels que maux de tête, douleurs gastro-intestinales, difficultés à se concentrer, vertiges, tremblements, transpiration abondante et fatigue inhabituelle). Cette échelle présentait un alpha de .72.

Le Perfectionnisme était évalué selon 8 points, des aspects récurrents du perfectionnisme tels que la déception de soi, des attentes élevées, la culpabilité, le souci des erreurs, la peur de l’échec et le besoin d’être le/la meilleur(e) partout. Alpha était de .73.

L’Alimentation Incontrôlée était évaluée selon 12 points mesurant une variété de comportements alimentaires, tels que le fait de manger vite, de manger devant la télévision, de manger de manière impulsive, de manger ses émotions, de manger pour se détendre et de manger des aliments sucrés ou gras. Alpha était de .74.

ANALYSE STATISTIQUE

Nous avons examiné les changements de poids rapides (de Temps 1 à Temps 2) et plus tardifs (de Temps 2 à Temps 3, de Temps 2 à Temps 4), et leur lien avec des mesures d’alimentation incontrôlée, de dépression, de symptômes de stress, de perfectionnisme et d’âge en pré-traitement, Temps 2 et Temps 1-Temps 2 (résultats de changements résiduels).

Nous avons utilisé l’analyse de régression graduelle pour déterminer le meilleur ensemble de prédicteurs de changement d’IMC à Temps 2, Temps 3 et Temps 4.


RÉSULTATS

RESULTATS DU TRAITEMENT
L’IMC a diminué de manière significative à chaque point d’évaluation: T1-T2, t=22.5, p<.0001; T2-T3, t=11.6, p<.0001; T3-T4, t= 6.1, p<.0001 (voir Figure 1).

Toutes les variables psychologiques ont présenté une amélioration significative de Temps 1 à Temps 2: Alimentation Incontrôlée, t= 19.0, p<.0001; Réactions au Stress, t=13.9, p<.0001; Dépression, t= 11.1, p<.0001; Perfectionnisme, t= 9.5, p<.0001 (voir Figure 2).

MISE EN RELATION DES CHANGEMENTS D’IMC
Les corrélations entre les variables en pré-traitement et le changement d’IMC sont présentées dans le Tableau 1. On a constaté que des résultats élevés d’ Alimentation Incontrôlée sont associés à des changements plus importants de l’IMC de T1 à T2 et de T2 à T3. Cette découverte indique que les patients avec les pires habitudes alimentaires perdent relativement plus de poids que les patients avec de meilleures habitudes.

Au contraire, nous avons constaté que des changements dans les variables psychologiques représentaient des prédicteurs plus constants de changement de l’IMC subséquent (Tableau 2). En fait, l’amélioration des habitudes alimentaires s’avère encore plus reliée au changement subséquent de l’IMC (T2-T3, T2-T4) qu’au changement de l’IMC antérieur (T1-T2).


ANALYSES DE REGRESSION
Nous avons tout d’abord utilisé les variables en pré-traitement pour prédire le changement d’IMC (Tableau 3). Nous avons constaté que Alimentation Incontrôlée était le meilleur prédicteur, représentant 6% de la variation dans le changement d’IMC à T2 et T3.

Une seconde analyse a pris en compte les variables psychologiques à Temps 2 ainsi que les résultats de changement de T1 à T2 (IMC et variables psychologiques), pour prédire le changement d’IMC subséquent (Tableau 4). L’amélioration des habitudes alimentaires était le meilleur prédicteur du changement d’IMC de T2 à T3 et de T2 à T4, représentant 13.8% et 23.1% de la variation. Dans les deux cas, l’amélioration des habitudes alimentaires était un meilleur prédicteur que le changement d’IMC antérieur (T1 à T2).


DISCUSSION

Les variables de pré-traitement se sont avérées être de faibles prédicteurs de perte de poids. Seules les habitudes alimentaires en pré-traitement étaient reliées de manière significative au changement de poids. Les patients ayant une alimentation moins contrôlée en pré-traitement ont perdu plus de poids.

L’"avantage" des mauvaises habitudes s’est révélé de courte durée. A des points d’évaluation plus tardifs, de meilleurs habitudes, ainsi que des résultats plus bas en stress, dépression et perfectionnisme, étaient associés à une perte de poids subséquente plus importante. L’analyse de régression a démontré que l’amélioration des habitudes alimentaires était le meilleur prédicteur de perte de poids

Ces résultats soulignent l’importance du changement de comportement dans le traitement de l’obésité. Il apparait que le changement de comportement prédit une perte de poids subséquente beaucoup plus importante que la perte de poids antérieure.



REMERCIEMENTS

Cette recherche a été rendue possible grâce à la collaboration de la Société Insudiet, de l’AMIRECA (Association Internationale de Recherche sur le Comportement Alimentaire) et des médecins de MLA Inc. (Louise Comeau, MD; Maurice Larocque, MD; Dominic Larose, MD; Peter Forbes, MD; Harry J. Lefebre, MD; Paul Connolly).


Tableau 1
Corrélations entre le changement1 d’IMC initial, le changement d’IMC plus tardif et les variables en pré-traitement
Changt de l’IMC
T1-T22
Changt de l’IMC
T1-T32
Changt de l’IMC
T1-T43
Age .03 .03 .09
Alimentation Incontrôlée4 .23** .24** .07
Réactions au stress4 .09 .12 .02
Dépression4 .02 .01 .01
Perfectionnisme4 .09 .11 .09
Note.  *p<.01  **p<.0001 1 Changement = changement résiduel, représentant le changement relatif à ce que laissaient présager les résultats précédents sur cette variable. 2 N=3773 N=249
   4 Des résultats plus élevés indiquent plus de symptômes.



Tableau 2
Corrélations entre le changement1 d’IMC initial, le changement d’IMC plus tardif et le changement1 in
dans les variables psychologiques
Changt IMC
T1-T22
Changt IMC
T1-T32
Changt IMC
T1-T43
Changt IMC
T1 - T2
----- .24** .35**
Changt Alimentation Incontrôlée
T1-T2
.26** .38** .43**
Changt dans Réactions au Stress
Time1-Time2
.23** .23** .30**
Changt dans Dépression
T1-T2
.22** .13* .26**
Changt dans Perfectionnisme
T1-T2
.14* .12* .10
Note.  *p<.05  **p<.0001 1 Changement= changement résiduel représentant le changement relatif à ce que laissaient présager les résultats précédents sur cette variable. 2 N=3773 N=249



Tableau 3
Aperçu de Régression Multiple Graduelle pour les prédicteurs en pré-traitement
Variable
Rattachée
Etape Variable
saisie
r2mult(adj) F dfs
Changement d’IMC
T1-T2
1 Alimentation Incontrôlée .06 24.3*** 1.375
Changement d’IMC
T1-T3
1 Alimentation Incontrôlée .06 23.9*** 1.375
Changement d’IMC
T1-T4
1 pas de prédicteurs significatifs
Note.  ***p<.0001



Table 4
Aperçu de Régression Multiple Graduelle pour les prédicteurs à Temps 2
Variable
rattachée
Etape Variable
saisie
Partiel r2 F dfs
Changement d’IMC
T2-T3
1 Changt. Alimentation Incontrôlée
T1-T2
 .138 64.7*** 1.375
  2 Changement d’IMC
T1-T2
 .023 10.3** 1.374
  3 Alimentation Incontrôlée
- T2
 .012 5.4* 1.373
Changement d’IMC
T2-T4
1 Changt. Alimentation Incontrôlée
T1-T2
 .231 57.1*** 1.247
  2 Changement d’IMC
T1-T2
.063 20.6*** 1.246
  3 Perfectionnisme
- T2
.014 4.6* 1.245
Note.      ***p<.05       **p<.01       *p<.0001